"Resplendissante en satin rose et boa à plumes, une drag-queen déambule dans un village russe décrépit en imitant la chanteuse disco Gloria Gaynor et sa
chanson "I Will Survive". La conclusion de "Gais Lurons" ("Veseltchaki"), premier film grand public à traiter de la question gay en Russie, où l'homophobie reste très vivace,
est néanmoins beaucoup plus sombre. Le film, sorti à la mi-octobre, raconte l'histoire de cinq drag-queens qui se produisent dans une boîte de nuit gay de Moscou. Elles partagent sans compter
bonne humeur, maquillage et vodka, oubliant les coups et les critiques qui pleuvent dans la journée.
Si le rire est au rendez-vous, un lourd silence s'installe à la fin du film lorsque les cinq héros tombent sur des jeunes homophobes et décident de foncer sur eux, dans un ultime acte de
bravoure à l'issue prévisible. Cette tragicomédie reflète le paradoxe vécu par les homosexuels moscovites, qui disposent d'une scène nocturne développée et décomplexée, alors que dans la rue et
jusque dans les sphères du pouvoir, ils doivent encaisser les brimades.
"J'ai vraiment aimé ce film ! Ca me rend heureux de voir que, pour la première fois, un film s'attaque à ce sujet", régait à la sortie de la projection un des spectateurs, Vladimir
Frolov, à Moscou. Le film est projeté dans 12 villes et 72 salles, une diffusion non négligeable en Russie. Il doit être projeté au Kazakhstan, en Ukraine et dans les Pays Baltes. Victoire
supplémentaire, des multiplexes et pas seulement des petites salles anonymes diffusent "Gais Lurons" à Moscou, alors même que le maire de la capitale, Youri Loujkov, considère l'homosexualité
comme "l'oeuvre de Satan". Dans ce contexte, la presse libérale russe s'est félicitée qu'un tel film ait enfin vu le jour en Russie, où, malgré de multiples tentatives, les parades gay
sont systématiquement interdites par les autorités. Le réalisateur, Félix Mikhaïlov, "a réalisé le premier film articulé qui soutienne les homosexuels", note le quotidien Vremia Novosteï, dans
une critique intitulée "Douloureusement nécessaire".
"On tombe tellement amoureux de (l'acteur finlandais) Ville Haapasalo dans sa robe en lurex que la fin tragique de son personnage est ressentie (par le spectateur) comme un deuil
personnel", relève le magazine culturel Time Out dans son édition russe.
Le réalisateur, qui n'est pas lui-même homosexuel, raconte avoir eu l'idée du film il y a dix ans en travaillant avec une troupe de drag-queens et dément avoir voulu mettre en scène un
plaidoyer pour les droits des homosexuels en Russie. "S'ils le voient comme ça tant mieux [...] mais on a voulu éviter toute idéologie", explique Félix Mikhaïlov, qui se dit d'ailleurs
opposé à l'organisation d'une parade gay en Russie. [Source : AP]