Le viticulteur et négociant bordelais Guillaume de Tastes vient de connaître une étonnante déconvenue. Les États-Unis ont refusé d'importer les bouteilles de
son château Haut-Gay à cause d'un poème des Fleurs du Mal de Baudelaire imprimé sur l'étiquette ! "Mon importateur m'a indiqué que les vers de Baudelaire étaient considérés
comme de l'incitation à la débauche par le Bureau of Alcohol, Tobacco Firearms and Explosives, qui contrôle les produits qui pénètrent aux États-Unis" explique le producteur de ce bordeaux
supérieur.
Les vers extraits de L'Âme du vin, ne sont pourtant pas vraiment audacieux :
« Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles Un chant plein de lumière et de fraternité Puis, en toi je tomberai, végétale ambroisie Grain précieux jeté par l'éternel Semeur Pour que de notre amour naisse la poésie Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ».
À l'origine, Guillaume de Tastes cherchait un moyen pour que ses bouteilles se distinguent parmi les autres sur les rayons. "J'ai d'abord eu l'idée de la couleur orange, mais j'avais
aussi envie de faire saisir au consommateur la philosophie avec laquelle je fais mon vin. J'ai choisi ce poème parce que je trouve que plus on le lit, plus il devient beau" explique-t-il.
Mais l'administration américaine ne badine pas avec ce qu'il est permis de faire figurer sur une étiquette ! "J'aurais dû m'en douter" admet le négociant.
En attendant, ses bouteilles se vendent avec Baudelaire, en France, en Belgique, en Grande-Bretagne en Russie ou en Chine. Mais pour expédier ses 3 000 cols aux États-Unis, il a dû
supprimer les vers des étiquettes. "Il était arrivé la même chose à Mouton-Rothschild avec son millésime 1993, avec un dessin de Balthus qui représentait une jeune fille nue"
rappelle-t-il.
La référence est flatteuse et cette mésaventure lui donne aussi un motif de satisfaction. "Cela fait parler de Baudelaire et de mon vin" admet le viticulteur. Pour les prochains
millésimes, il prévoit de continuer à orner ses étiquettes de poèmes et envisage la création d'un concours. "Cela offrirait un bon support aux poètes" estime-t-il. Les vainqueurs
gagneraient ainsi une distribution internationale… sauf aux États-Unis !
<br />
En tous, s'il ne s'agit pas d'une affaire montée, elle est le témoignage que nous vivons dans un monde qui va pas bien, au mieux.<br />
<br />
<br />
<br />
<br />
Olivier A. > Comme quoi aussi les Etats-Unis sont encore loin d'accepter toute référence aux gays malgré les progrès notables observés ces derniers temps ici ou là...<br />
<br />
<br />
<br />